Un journaliste arrêté pour avoir organisé les violences des manifestations du 17 octobre en Italie

Youssef Siher est un chercheur spécialisé en islam politique et journaliste indépendant italo-marocain de 30 ans, arrêté à Milan le 24 octobre 2026 dans le cadre de l’enquête sur les émeutes du 17 octobre à Milan. Il est soupçonné d’avoir administré les comptes du « Movimento 17 ottobre », qui auraient organisé les mouvements de contestation et incité à la violence.

Youssef Siher est chercheur en islam politique, mouvements politiques islamiques et relations entre islam et nationalisme arabe, avec une spécialisation sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Il possède également une expérience de journaliste indépendant et d’activiste pro-palestinien. Il avait notamment participé, par le passé, à des manifestations des Jeunes Palestiniens à Milan en juillet 2025.

Son épouse, Sagia Hammoud, d’origine palestinienne et libanaise, est également mise en cause dans la même enquête, mais reste libre selon les informations disponibles.

Le parquet antiterroriste de Milan lui reproche notamment des faits d’incitation aggravée à commettre des infractions, avec la circonstance aggravante d’une finalité terroriste, ainsi que des faits liés à l’organisation de violences lors de manifestations publiques et une qualification en lien avec le terrorisme et la subversion de l’ordre démocratique.

Les enquêteurs estiment que Siher aurait créé et animé les comptes Instagram et Telegram du « Movimento 17 ottobre », lesquels auraient servi à mobiliser des rassemblements et, selon l’accusation, à organiser des actions violentes. Le groupe aurait atteint près de 9 000 abonnés en quelques jours.

Les enquêteurs soupçonnent également Siher d’avoir fondé une organisation appelée « Alba Nascente » / « Rising Dawn », destinée, selon eux, à diffuser de la propagande du Hamas et du FPLP, à gérer la logistique de manifestations pro-palestiniennes et à entretenir des liens avec cette mouvance.

Les violences ont éclaté à Milan lors du week-end des 17 et 18 octobre 2026, à l’occasion de manifestations de jeunes dénonçant notamment le coût de la vie, dans le contexte des mobilisations en France. Le mouvement a également touché plusieurs villes italiennes, avec des violences particulièrement importantes à Milan.

Les procureurs soutiennent que Siher aurait utilisé ses compétences numériques pour élaborer une « stratégie révolutionnaire », rédiger des communiqués et mobiliser plusieurs milliers de personnes sur les places publiques.

Ses avocats rejettent les qualifications pénales retenues. Ils affirment qu’il n’existe ni incitation à la violence, ni terrorisme, ni éléments suffisants permettant d’établir sa culpabilité. Ils soulignent également que l’incrimination relative à la « violence organisée dans les manifestations publiques » serait entrée en vigueur après la publication de certains contenus visés par l’enquête.

Il a depuis été remis en liberté dans l’attente de la suite de la procédure. La juge Tiziana Landoni a rejeté la demande de détention provisoire du parquet et refusé de valider l’arrestation, estimant qu’il n’existait pas d’« indices sérieux de culpabilité » concernant les infractions qui lui étaient reprochées, ni de risque de fuite justifiant son maintien en détention.

Dans son ordonnance, elle a considéré que Siher appelait principalement à des formes de protestation et de désobéissance civile ainsi qu’à l’organisation de mobilisations collectives, sans appeler lui-même à la violence ni à des comportements constituant des infractions pénales.

Elle a également écarté, à ce stade, la qualification terroriste retenue par l’accusation, considérant que les éléments examinés ne permettaient pas d’établir une volonté de contraindre les institutions, de subvertir l’ordre démocratique ou de provoquer une peur profonde et durable au sein de la population.

La décision a suscité de très vives réactions au sein du gouvernement italien. Giorgia Meloni l’a qualifiée de « décision honteuse » et de « mortification insupportable » du travail des forces de l’ordre, des enquêteurs, du ministère de l’Intérieur et de ceux qui cherchent, à protéger les « honnêtes gens » contre les dégradations de leurs villes et commerces.

Matteo Salvini a, de son côté, qualifié la libération de « honteuse, incompréhensible et absurde », rappelant la gravité des infractions initialement reprochées à Siher et les risques de fuite ou de récidive invoqués par le parquet.

Giorgia Meloni a enfin élargi sa critique à une partie de la magistrature particulièrement politisée à gauche, en déclarant : « Je ne sais vraiment pas comment un État normal peut défendre les honnêtes gens face à ces décisions de certaines sections de la magistrature. »

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