La France insoumise et les médias d’extrême gauche appellent au boycott des comptes de droite sur les réseaux sociaux. Cette stratégie consiste à ne plus commenter les publications de droite ou d’extrême droite et à bloquer leurs comptes afin de ne pas alimenter l’engagement que les algorithmes peuvent interpréter comme un signe d’intérêt.
Antoine Léaument, responsable de la communication de La France insoumise, a recommandé d’« invisibiliser » l’extrême droite en cessant de commenter ses publications et en bloquant ses comptes pour ne plus voir leurs contenus. L’idée est d’éviter de relayer, même pour les dénoncer, des contenus jugés nocifs.
Le raisonnement repose sur le fonctionnement des systèmes de recommandation : les plateformes utilisent notamment les commentaires, les partages, les réponses et le temps de visionnage comme signaux d’engagement. Un post très commenté, y compris par des opposants, peut donc être montré à davantage d’utilisateurs.
Cette méthode est inspirée de la mobilisation des soutiens de Lula face aux réseaux pro-Bolsonaro.
Au Brésil, la campagne a combiné cette stratégie avec une organisation des sympathisants : consignes simples, contenus prêts à diffuser, mobilisation sur WhatsApp et ciblage des abstentionnistes ou des indécis.
Le mouvement brésilien s’est développé pendant la campagne présidentielle de 2026, dans le prolongement des stratégies numériques déjà utilisées par André Janones lors de l’élection de 2022. Les soutiens de Lula ont cherché à contrecarrer la forte présence numérique du bolsonarisme. Son principe central était double : diffuser massivement des contenus pro-Lula et refuser toute interaction avec les contenus du camp Bolsonaro, même pour les critiquer, afin de priver ces publications de signaux d’engagement.
En 2026, Lula partait derrière Flávio Bolsonaro au premier tour : 45,16 % contre 47,03 %, avant de l’emporter au second tour. Les mouvements de gauche ont alors constitué une « armée numérique » autour du député André Janones, surnommé le « général » de WhatsApp. En quelques semaines, son canal a réuni près de 11 millions d’abonnés et est devenu un relais de consignes quotidiennes : partager des vidéos, créer ou diffuser des mèmes, répondre à certains messages ou, au contraire, ignorer les publications bolsonaristes.
En parallèle, de ne pas interagir avec les contenus de l’extrême droite, le camp Lula cherchait à « faire exploser la bulle » de la gauche : publier massivement des contenus positifs, accessibles et émotionnels (enthousiasme, espoir, proximité) pour toucher les indécis et les abstentionnistes, plutôt que de rester dans des échanges polémiques avec l’adversaire.
Le slogan « chaque personne est un influenceur » résumait cette logique : décentraliser la communication, mobiliser les sympathisants comme relais et contourner la dépendance aux grands comptes officiels.
L’impact politique a également été symbolique : la gauche brésilienne a montré qu’elle pouvait reprendre l’initiative sur un terrain numérique où la droite avait longtemps été dominante.
La stratégie s’est développée dans un climat de suspicion envers Meta. L’équipe de Lula a accusé Instagram, Facebook et WhatsApp de limiter la portée de certains de ses contenus et de favoriser Flávio Bolsonaro, fils de Jair Bolsonaro et adversaire de Lula au second tour.
Meta a nié toute partialité, tout en reconnaissant que certains problèmes techniques avaient affecté des contenus ou publicités liés à Lula. La justice électorale brésilienne a demandé à Meta de garantir un traitement équitable des deux camps en matière de distribution, de recommandation et de visibilité.
Une étude de l’ONG Ekō a conclu qu’Instagram recommandait davantage de contenus pro-Bolsonaro ou de droite que de contenus pro-Lula, mais Meta conteste l’idée d’un biais délibéré. Les éléments disponibles font donc état de dysfonctionnements et d’une possible asymétrie, sans établir de manière définitive une manipulation volontaire de l’algorithme.
La stratégie a permis à Lula de reprendre l’avantage dans l’entre-deux-tours. Avant le premier tour, Lula et Flávio Bolsonaro disposaient d’une présence numérique très concurrentielle. Après le lancement de la mobilisation numérique et la montée en puissance d’André Janones dans la campagne, les comptes les plus influents de la gauche brésilienne, dont celui de Lula, ont généré une mobilisation particulièrement importante. Le canal « Exército do Lula » a notamment dépassé les 10 millions d’abonnés quelques jours avant le scrutin.
Cette mobilisation a accompagné la remontée de Lula jusqu’à sa réélection, le 25 octobre 2026, avec 51,79 % des suffrages valides contre 48,21 % pour Flávio Bolsonaro.