Sinan Selen, président de l’Office fédéral de protection de la Constitution (BfV), le service de renseignement intérieur allemand, a alerté des députés début juin lors d’une réunion à huis clos au Bundestag.
Selen a mis en garde contre une stratégie de long terme des réseaux liés aux Frères musulmans, qui viserait à influencer la vie politique et les institutions allemandes.
L’accent est mis sur le fait qu’il ne s’agirait pas d’une logique de violence reposant sur des actes de terrorisme direct, mais plutôt d’un travail d’influence mené auprès d’élus, de responsables publics, d’associations et de structures de la société civile.
D’après les participants cités par le média allemand Bild, Selen a expliqué que ces réseaux chercheraient à peser sur certaines décisions politiques selon une vision inspirée de la charia, avec pour objectif de transformer progressivement la société.
Les partis de gauche seraient les principaux visés par ces tentatives de rapprochement et d’influence. Des démarches ciblées concerneraient notamment le SPD (Parti social-démocrate), partenaire de la coalition gouvernementale.
Début mai 2026, dans une réponse à une question parlementaire, le gouvernement fédéral indiquait toutefois ne pas disposer d’informations attestant d’une « infiltration ciblée » des partis représentés au Bundestag par des organisations islamistes.
Dans le même temps, l’exécutif refusait de détailler les activités des Frères musulmans, invoquant la protection des intérêts de l’État et du travail des services de renseignement.
Le BfV et plusieurs offices régionaux de protection de la Constitution classent déjà les activités liées aux Frères musulmans comme relevant de l’extrémisme et comme étant incompatibles avec l’ordre constitutionnel démocratique.
La stratégie décrite est celle d’une « islamisation par la base » : formation d’élites, implantation dans des associations, des centres culturels et des œuvres caritatives, puis influence sur les politiques d’intégration, d’éducation et d’autres domaines de l’action publique.
Il faut enfin rappeler que, contrairement à la France, l’Allemagne et l’Union européenne n’ont pas inscrit les Frères musulmans dans leur ensemble sur leurs listes des organisations terroristes. L’organisation et les réseaux qui lui sont associés continuent ainsi de bénéficier de financements et de participer à des événements organisés par des institutions publiques.