Le 22 et 23 janvier 2026, la Police métropolitaine de Londres a interdit une marche intitulée « Walk with Jesus » (« Marcher avec Jésus »), organisée par le parti UKIP et prévue pour le 31 janvier à Whitechapel, dans l’est de Londres. Selon la police, cette interdiction est motivée par des risques de « violence sérieuse et de désordre grave » de la part des contre-manifestants.
Whitechapel abrite l’une des plus importantes concentrations musulmanes du Royaume-Uni, avec notamment une forte communauté bangladaise. Le quartier est devenu particulièrement sensible après des tensions communautaires survenues en octobre 2025 lors d’une précédente tentative de marche organisée par UKIP.
Le Deputy Assistant Commissioner James Harman, officier supérieur de la Metropolitan Police, a déclaré : « Il serait irresponsable de laisser un événement se dérouler alors que nous savons qu’il existe un risque de violences graves contre des membres de la communauté et contre nos agents… Nous estimons raisonnablement qu’il y aurait une réaction locale hostile à la présence d’UKIP que beaucoup pourraient percevoir comme provocatrice et par conséquent, un risque de violences et de troubles à l’ordre public. »
La police a toutefois indiqué que la marche pourrait être autorisée ailleurs à Londres, à condition qu’UKIP collabore avec elle afin d’identifier un lieu alternatif.
En octobre 2025, UKIP avait déjà tenté d’organiser une marche intitulée « The Mass Deportations Tour » au même endroit, à Whitechapel. Celle-ci avait également été interdite par la Police métropolitaine pour « risque réaliste de désordre grave ».
À la suite de cette tentative, une contre-manifestation massive s’était organisée spontanément, réunissant des centaines d’hommes issus de la communauté bangladaise locale, pour beaucoup masqués et vêtus de noir. UKIP avait finalement accepté de relocaliser sa marche vers Marble Arch, dans l’ouest de Londres, où elle s’était déroulée sans incident majeur signalé.
Plus largement, le droit de manifester au Royaume-Uni apparaît de plus en plus fragilisé par l’action des autorités, comme le signalent de nombreuses ONG engagées dans la défense de la liberté d’expression. Human Rights Watch et Amnesty International expriment une inquiétude croissante face au rétrécissement de l’espace civique démocratique au Royaume-Uni, craignant que les motifs de « sécurité publique » ne servent progressivement d’outil de suppression des voix impopulaires.
Human Rights Watch a ainsi publié un rapport de 47 pages intitulé « ‘Silencing the Streets’: The Right to Protest Under Attack in the UK » (« Réduire les rues au silence : le droit de manifester menacé au Royaume-Uni »), dans lequel l’ONG affirme :
« Les autorités du Royaume-Uni ont sévèrement restreint le droit de manifester, en violation de leurs obligations internationales en matière de droits humains, créant ainsi un environnement dans lequel la dissidence pacifique est de plus en plus considérée comme un acte criminel. »
Sous le gouvernement conservateur (2010-2024), à la suite des actions massives de groupes écologistes tels qu’Extinction Rebellion et Just Stop Oil, des lois anti-manifestations particulièrement restrictives ont été introduites.
Sous le gouvernement travailliste actuel (depuis 2024), dirigé par le Premier ministre Keir Starmer (ancien avocat spécialisé en droits humains) ces dispositions ont été étendues par un nouveau projet de loi actuellement en examen au Parlement, avec un débat prévu à la Chambre des lords en janvier 2026. Ce texte élargit encore les pouvoirs discrétionnaires de la police pour imposer des conditions de plus en plus contraignantes aux manifestations.
Ces événements soulèvent plusieurs questions centrales pour l’avenir de la démocratie britannique. La police doit-elle interdire une manifestation pacifique en raison du comportement violent prévisible de leurs détracteurs, ou doit-elle au contraire renforcer la sécurité afin de permettre son déroulement tout en encadrant les contre-manifestants ?
Les manifestations religieuses musulmanes font-elles l’objet du même niveau de restriction ? Autant de questions qui mettent en lumière les aberrations et les inégalités de traitement entre les partis de droite au Royaume-Uni et certaines communautés immigrées violentes.