W Social (stylisé W), un nouveau réseau social européen fondé en Suède, a été officiellement annoncé les 19 et 20 janvier 2026 lors du Forum économique mondial de Davos. Dirigée par Anna Zeiter, ancienne responsable de la protection des données chez eBay, la plateforme se positionne explicitement comme une alternative à X (ex-Twitter), propriété d’Elon Musk.
W met en avant trois piliers structurants : la vérification humaine des utilisateurs, la souveraineté européenne des données et la transparence algorithmique. Une version bêta fermée est annoncée pour février 2026, avec une ouverture au grand public prévue pour la fin de l’année 2026.
Le choix du lieu de lancement n’est pas anodin. W n’a pas été présentée dans un incubateur technologique ni lors d’une conférence spécialisée, mais à Davos, au cœur du pouvoir économique et politique mondial. Ce calendrier coïncide avec une intensification des tensions réglementaires en Europe autour de X et de la question de la liberté d’expression sur les réseaux sociaux. En décembre 2025, soit un mois avant l’annonce de W, X a été condamnée à une amende de 120 millions d’euros pour violation de la Loi européenne sur les services numériques (DSA), notamment pour « manque de transparence ». Dans le même temps, la plateforme a réduit ses équipes de modération en Europe.
Le lancement de W s’inscrit ainsi dans une dynamique géopolitique plus large : celle d’une Europe cherchant à réduire sa dépendance aux grandes plateformes technologiques américaines dominées par des acteurs comme Elon Musk, Mark Zuckerberg ou les groupes contrôlant Google.
La présentation à Davos s’est ouverte sur un message sans ambiguïté : « Something is broken » (« Quelque chose est cassé »). W ne se présente donc pas comme une simple application technologique, mais comme une tentative de « réparation institutionnelle » du débat démocratique. Cet argumentaire constitue une attaque directe contre X et son positionnement revendiqué en faveur de la liberté d’expression depuis son rachat par Elon Musk.
Anna Zeiter, 46 ans, est une entrepreneuse et investisseuse européenne disposant d’une expertise reconnue en matière de protection des données et de conformité réglementaire. Ancienne Chief Privacy Officer d’eBay, elle déclarait dans la publication suisse Bilanz : « There is an urgent need for a platform that is developed, managed and hosted in Europe » (« Il existe un besoin urgent d’une plateforme développée, gérée et hébergée en Europe »).
Sur le plan juridique et financier, W est portée par W Social AB, une société constituée en Suède, dont la maison mère est We Don’t Have Time AB, également basée en Suède et connue pour ses initiatives militantes environnementales de pression et de sensibilisation. La plateforme revendique une base de plus de 750 investisseurs issus d’environ 15 pays.
Le choix du nom W est présenté comme volontairement polysémique. Il vise à inclure « tous ceux qui ne se sentent plus à l’aise sur X ou Facebook », tout en affirmant une orientation claire vers une vérification humaine stricte. Cette stratégie est justifiée par les fondateurs comme un moyen de lutter contre la « désinformation », mais elle implique de facto un contrôle renforcé de l’information.
L’élément le plus problématique du projet réside dans sa politique d’authentification stricte, qui s’inscrit dans la logique de la fin de l’anonymat en ligne, régulièrement promue par de nombreux responsables politiques européens. L’identification des utilisateurs est obligatoire, avec vérification par pièce d’identité et photographie pour pouvoir publier du contenu. Si les créateurs affirment que cette mesure vise exclusivement à éliminer les bots et les faux comptes, elle soulève néanmoins des interrogations majeures en matière de liberté d’expression, de protection de la vie privée et de contrôle du débat public.
Parmi les autres fonctionnalités mises en avant figure la réduction volontaire des filter bubbles. W revendique une exposition intentionnelle des utilisateurs à des opinions divergentes, à rebours des logiques algorithmiques classiques d’enfermement informationnel.
Enfin, le calendrier de déploiement prévoit un lancement progressif à partir de janvier 2026, avec plusieurs phases de bêta fermée tout au long de l’année, avant un lancement complet attendu à la fin de 2026. Toutefois, au regard du poids de X, qui dépasse 126 millions d’utilisateurs quotidiens sur mobile uniquement, et de l’absence, à ce stade, d’applications mobiles pour W, contrairement aux plateformes déjà établies, ce « W », souvent perçu comme un projet idéologique plus que technologique, apparaît d’ores et déjà comme largement voué à l’échec.