YouTube restreint les contenus liés à la nutrition et au sport pour les jeunes

En janvier 2026, YouTube a annoncé un durcissement significatif de sa politique de modération concernant les contenus liés à la nutrition, au sport et au fitness destinés aux adolescents. Cette décision, prise en collaboration avec l’UCLA, l’American Psychological Association et le Digital Wellness Lab du Boston Children’s Hospital, vise officiellement à protéger la santé mentale des jeunes et à prévenir les effets négatifs de certains standards corporels jugés irréalistes.

Ces contenus sont désormais intégrés à une nouvelle catégorie de contenus qualifiés de « basse qualité », l’une des cinq identifiées par YouTube dans le cadre de son référentiel actualisé de « principes de qualité ». Le guide à destination des créateurs précise ainsi : « Narrow Body Standards and Comparisons: Help protect teen self-esteem by avoiding idealistic physical comparisons and fostering a healthy self-image in your content. » (« Normes corporelles étroites et comparaisons physiques : contribuez à protéger l’estime de soi des adolescents en évitant les comparaisons physiques idéalisées et en favorisant une image de soi saine dans vos contenus. »)

Dans les faits, cette catégorie reprend et élargit les restrictions déjà introduites en septembre 2024 sous l’intitulé « Narrow Body Standards and Comparisons », initialement centrées sur le fitness. Désormais, ces restrictions s’inscrivent dans un cadre plus large et plus flou, couvrant un large éventail de contenus liés à l’apparence physique.

Trois grands types de contenus sont particulièrement ciblés. Le premier concerne les vidéos comparant explicitement des attributs physiques ou valorisant un type corporel comme supérieur à un autre, notamment via des comparaisons directes de morphologies ou de mensurations. Le deuxième vise les contenus promouvant des objectifs précis de poids ou de niveau de forme physique, tels que des programmes promettant des résultats esthétiques spécifiques en un temps donné. Le troisième inclut les vidéos assimilées à de l’agression sociale, une catégorie distincte mais intégrée à ce dispositif.

Concrètement, de nombreux formats populaires sont susceptibles d’être restreints. Cela inclut des vidéos de musculation comparant des physiques, des contenus promettant des transformations rapides comme « obtenir des abdos en deux semaines », des vidéos axées sur des transformations avant/après ou encore des routines sportives. Les contenus nutritionnels ne sont pas épargnés, notamment les vidéos de type « What I eat in a day ».

YouTube justifie ces choix en s’appuyant sur des études scientifiques relatives à l’internalisation des idéaux corporels, qu’il s’agisse de l’idéal de minceur ou de l’idéal musculaire. La plateforme met notamment en avant des travaux menés auprès d’adolescents montrant une corrélation entre un usage intensif des réseaux sociaux et une augmentation de l’insatisfaction corporelle.

Cette politique soulève de nombreuses ambiguïtés. Les critères retenus, notamment la notion de contenu qui « idéalise un type corporel particulier », demeurent extrêmement vagues. De nombreux créateurs et utilisateurs soulignent ainsi la difficulté de tracer une frontière claire entre un contenu jugé inspirant et un contenu considéré comme nocif par la plateforme. Toute démarche sportive visant une amélioration physique peut, par définition, être interprétée comme une recherche de transformation corporelle.

En cherchant à neutraliser toute valorisation de l’effort physique ou de la transformation corporelle, YouTube contribue à banaliser des comportements sédentaires et à normaliser l’absence d’activité physique, en particulier aux États-Unis, pays déjà confronté à une prévalence très élevée de l’obésité. À force de vouloir protéger l’estime de soi en supprimant toute exigence ou tout idéal, la plateforme pourrait produire l’effet inverse : décourager la pratique sportive, délégitimer les discours sur la discipline et l’effort, et installer implicitement l’inaction et le surpoids comme des normes sociales acceptables.

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