Le 11 décembre 2025, le gouvernement autrichien a adopté une loi interdisant le port du voile islamique à l’école pour les filles de moins de quatorze ans. Cette réforme s’inscrit dans une trajectoire législative longue, marquée par plusieurs tentatives successives de régulation du port du voile dans l’espace public, amorcées notamment par l’interdiction de la burqa en 2017.
La progression rapide du nombre de fillettes voilées, passé selon les estimations officielles de 3 000 à 12 000 en cinq ans, est interprétée comme un indicateur d’un durcissement des normes religieuses au sein de certains cercles, dans un contexte de croissance démographique de la population musulmane. Ce facteur a joué un rôle important dans une prise de décision de plus en plus perçue comme nécessaire pour protéger les enfants contre des pressions familiales et communautaires grandissantes.
Après une première tentative en 2019, au cours de laquelle une loi avait interdit le hijab aux petites filles de six à dix ans dans les écoles primaires publiques, annulée par la Cour constitutionnelle en 2020, le législateur a tiré les enseignements des critiques formulées, notamment en matière de proportionnalité et de neutralité religieuse. La loi de décembre 2025 se distingue ainsi par une architecture juridique plus élaborée, qui vise explicitement à fonder l’interdiction non sur une logique confessionnelle, mais sur un objectif supérieur de protection des droits de l’enfant.
Le champ d’application a été étendu aux filles de moins de quatorze ans, couvrant l’ensemble de la période de minorité scolaire obligatoire, et l’interdiction a été harmonisée entre établissements publics et privés afin d’éviter toute stigmatisation ciblée.
La mise en œuvre progressive, sans sanctions immédiates et sans pénalisation directe des enfants, traduit une volonté d’accompagnement éducatif plutôt que de répression. Les sanctions financières prévues à l’encontre des parents visent à responsabiliser les adultes exerçant une contrainte, sans faire peser la charge de la norme sur les mineures elles-mêmes.
Le fondement central de la loi repose sur une interprétation extensive des droits de l’enfant comme norme constitutionnelle supérieure. Le gouvernement a choisi de déplacer le débat du terrain de la liberté religieuse vers celui de la protection des mineures contre des pratiques imposées dans un cadre familial contraignant. La rhétorique officielle insiste sur la garantie de l’égalité entre filles et garçons et la protection contre des normes culturelles susceptibles de restreindre l’autonomie future des enfants.
Dans cette perspective, le hijab n’est pas appréhendé comme un simple vêtement, mais comme un marqueur social potentiellement imposé à des mineures qui ne disposent ni de la maturité ni de la liberté de consentement nécessaires pour en faire un choix éclairé. Le raisonnement gouvernemental repose sur l’idée que l’école doit constituer un espace de neutralité et de protection, capable d’offrir aux enfants une zone d’émancipation partielle face aux pressions familiales ou communautaires.
Le projet a reçu le soutien d’une large coalition gouvernementale s’étant accordée sur le sujet. Les conservateurs y voient un instrument d’intégration et de lutte contre des formes d’oppression culturelle, les sociaux-démocrates une extension cohérente de la politique de protection de l’enfance, et les libéraux une réponse ciblée à un symbole porteur d’enjeux de domination de genre.
Cette loi de décembre 2025 constitue ainsi une étape importante dans la protection de tous les enfants contre l’entrisme religieux grandissant, y compris dans les espaces publics. Elle vise à limiter les effets de l’endoctrinement par la neutralité de l’école, la protection institutionnelle des mineurs et un enseignement fondé sur l’ouverture d’esprit et l’émancipation individuelle.