À la fin du mois de décembre 2025, le gouvernement irlandais a officiellement annoncé son intention de mettre fin à l’anonymat sur Internet, non seulement au niveau national mais à l’échelle de l’ensemble de l’Union européenne. Cette annonce marque une rupture majeure avec l’un des principes fondateurs du débat démocratique en ligne, à savoir la possibilité de s’exprimer sans exposer son identité civile, notamment lorsqu’il s’agit de critiquer le pouvoir politique, des institutions ou des acteurs économiques dominants.
Lors d’une déclaration publique prononcée entre le 28 et le 30 décembre 2025, le vice-Premier ministre Simon Harris a justifié cette orientation par la nécessité de lutter contre les bots anonymes, la désinformation et le non-respect de l’âge de consentement numérique. Selon lui, l’anonymat en ligne constituerait désormais un problème structurel, non seulement en Irlande mais dans toute l’Europe, appelant une réponse politique ferme et coordonnée.
La stratégie du gouvernement irlandais repose sur l’utilisation de sa présidence du Conseil de l’Union européenne, prévue de juillet à décembre 2026, pour imposer de nouvelles règles exigeant une vérification obligatoire de l’identité des utilisateurs des réseaux sociaux. Les objectifs officiellement affichés sont la protection des mineurs, la lutte contre les comportements abusifs en ligne et la responsabilisation des utilisateurs. En pratique, cette approche vise à conditionner l’accès aux plateformes numériques à une identification formelle, mettant ainsi fin à l’anonymat pour l’ensemble des citoyens, adultes compris et ne cachnet à peine la volonté réel pour les gouvernement de pouvoir identifié les personnes derrires chaque compte .
Le mécanisme envisagé repose sur MyGovID, le système d’authentification gouvernemental irlandais, via la création d’un portefeuille numérique permettant de vérifier à la fois l’âge et l’identité des utilisateurs. Un projet pilote est annoncé dès le premier trimestre 2026, avant une tentative de généralisation à l’échelle européenne, notamment par le biais d’amendements au Digital Services Act. Cette ambition européenne confère à la démarche une portée particulièrement préoccupante, puisqu’elle ne se limite plus à une expérimentation nationale mais vise à redéfinir les règles du débat public en ligne dans l’ensemble de l’Union.
Or, ce projet repose sur des fondations juridiques extrêmement fragiles. La base de données biométrique associée à la Public Services Card, indispensable pour obtenir un MyGovID pleinement vérifié, a été récemment déclarée illégale par la Data Protection Commission irlandaise, après avoir été constituée et exploitée pendant près de quinze ans sans base légale claire. Plus encore, MyGovID lui-même ne dispose toujours pas de fondement statutaire explicite dans la législation irlandaise, fonctionnant depuis près d’une décennie comme un simple « projet pilote ». Le dispositif que le gouvernement souhaite imposer à l’ensemble des citoyens européens repose donc sur une double illégalité, ce qui soulève de graves questions en matière d’État de droit.
Une telle mesure instaurerait un effet dissuasif massif sur la liberté d’expression, en particulier pour les lanceurs d’alerte, les journalistes, les chercheurs ou les citoyens souhaitant critiquer l’action publique sans craindre de représailles. En liant directement l’identité civile aux plateformes numériques, chaque prise de parole deviendrait potentiellement traçable, stockée et exploitable, tant par les autorités publiques que par les grandes entreprises technologiques.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large déjà observable au niveau européen, notamment avec le projet dit de « Chat Control », qui prévoit l’analyse automatisée des communications privées au nom de la protection des mineurs. Dans les deux cas, la logique est identique : répondre à des risques réels par des dispositifs de surveillance généralisée, au prix d’une remise en cause profonde de la vie privée, du secret des correspondances et de la liberté d’expression. La suppression de l’anonymat, combinée à un contrôle accru des discussions privées, conduirait à une transformation radicale de l’espace numérique, où chaque interaction pourrait être observée, corrélée et sanctionnée.
À l’instar de Chat Control, des récents discours d’Emmanuel Macron sur sa volonté de « valider » les médias, ou encore des 13 000 arrestations enregistrées au Royaume-Uni pour des messages publiés sur les réseaux sociaux, la tendance apparaît claire : celle d’un contrôle toujours plus étendu des messages, des publications et des contenus médiatiques sur Internet, qui a longtemps représenté un contre-pouvoir mondial échappant aux régimes et aux gouvernements cherchant à imposer leur propre récit.